POLITIQUE EN AFRIQUE, CE QUE VOUS DEVEZ COMPRENDRE
- REHOBOTH EBENEZER

- 6 oct. 2025
- 3 min de lecture

Le pouvoir, capacité d’influence nette sur autrui ou probabilité qu’un acteur a de réaliser ce qu’il veut en dépit des résistances, se différencie du politique,
moyens mis en oeuvre dans la compétition pour occuper les rôles sociaux supérieurs. La relation politique élémentaire suppose une division entre gouvernants et sujets, dominants et dominés dont les rôles sont respectivement de commander et d’obéir sous la sanction de la contrainte. Le pouvoir politique,
forme particulière du pouvoir, est censé exercer plusieurs fonctions :
redistribution, direction des affaires collectives, sécurité interne et défense des intérêts des groupes contre les menaces extérieures. Il faut différencier le pouvoir institutionnalisé (l’État), l’autorité (droit et pouvoir de commander) et les titulaires du pouvoir (gouvernants). Il n’y a d’État au sens fort que s’il y a institutionnalisation du pouvoir et légitimité de l’autorité. Les pouvoirs politiques africains ont eu des légitimités politiques au moment des indépendances ou technocratiques par des projets développementralistes. Ils l’ont souvent perdu. Dans le contexte des sociétés africaines, les régimes même les plus autoritaires ont rarement les moyens de contrôle total ou important des populations ; celles-ci disposent de jeux de ruse, d’exit option, de négociation ou d’opposition pour créer des espaces de liberté. Le pouvoir au-delà de sa rhétorique s’exprime à travers les réseaux clientélistes, les redistributions de
rentes, les compromis, les négociations ou la force armée.
Dans la plupart des sociétés africaines, l’accès au pouvoir donne une emprise sur les richesses plus que l’inverse. Les institutions sont largement subverties
par un système patrimonial personnel s’appuyant sur des complicités extérieures. L’ethnicisation du jeu politique favorise une concurrence entre les
factions pour l’accès aux ressources de l’État. La politique du ventre d’accumulation des richesses à des fins redistributives perdure depuis le contrôle politique de l’accumulation marchande exercé par les grands empires soudano-sahéliens jusqu’au népotisme et à la corruption actuels.
Le contexte de nombreux pays africains est celui de la confusion entre la chose publique et la chose privée (néopatrimonialisme), de la formation des États (parfois par la guerre qui apparemment est une décomposition de l’État) et d’une dichotomie entre les structures officielles et apparentes des pouvoirs d’une part et les structures en profondeur s’appuyant sur des pouvoirs traditionnels ou sur la montée de nouveaux acteurs collectifs d’autre part.
L’État en Afrique se nourrit de l’extérieur, notamment de la rente extérieure, pour alimenter ses conflits
internes. Les groupes qui disposent du pouvoir économique sont généralement exclus du pouvoir politique. Certaines ethnies minoritaires sont les arbitres face à l’affrontement des
grands groupes régionaux .
Les Parlements et les partis sont une des composantes majeures du processus de démocratisation. Les Parlements, ayant le pouvoir législatif, sont l’expression de la volonté du peuple par leurs représentants. Ils devraient jouer un rôle essentiel dans l’équilibre des pouvoirs et le jeu des contre-pouvoirs. Les partis sont des associations de personnes à des fins politiques. Ils expriment des rapports de force et le jeu de la confrontation des idées et des programmes inhérents à la démocratie. Au-delà des principes énoncés, des constitutions élaborées (généralement par mimétisme de l’Europe) et des règles édictées, les pratiques des Parlements et des partis africains sont éloignées de ces référents.
Les confrontations au sein des Parlements sont essentielles comme espaces de débat public. Il existe une Union parlementaire africaine et des actions communes menées en liaison avec l’Union africaine et le NEPAD. Les systèmes parlementaires sont divers : monocaméralisme (Zimbabwe) et bicaméralisme
(Afrique du Sud, Éthiopie…). Dans l’ensemble, les Parlements jouent un rôle limité. Ils sont dépourvus de moyens financiers, techniques et humains et ils
sont démunis de pouvoirs, d’informations et de capacités organisationnelles.
Le multipartisme est devenu la règle. Même dévoyé, il permet un débat public. Mais on peut constater trois grandes limites :
–– les partis sont peu construits sur des programmes et des choix de politiques, ils sont au contraire liés aux personnes qui les dirigent ;
–– on constate un poids important des référents ethno-régionaux ;
–– enfin, on observe une explosion des partis les rendant très peu opérationnels.
On notait ainsi en 2011 plus de 40 partis en Angola, au Bénin, au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire, au Mali, en Mauritanie, au Tchad, plus de 100 au Cameroun et à Madagascar, plus de 150 au Gabon et 270 en RDC. Les
raisons de cette galaxie tiennent à l’absence de tradition démocratique et de débat programmatique. Selon l’ONG Transparency international, les partis
politiques sont l’institution africaine la plus corrompue avant le Parlement, la police et le système juridique



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