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COMPRENDRE LE HEZBOLLAH EST IMPORTANT

  • Photo du rédacteur: REHOBOTH EBENEZER
    REHOBOTH EBENEZER
  • 3 oct. 2024
  • 4 min de lecture

Durant la période ottomane, la population chiite du sud du Liban a été systématiquement négligée et exclue par la classe dirigeante, qui favorisait l’élite sunnite et les marchands côtiers chrétiens. Les fermiers ottomans exploitaient les communautés agricoles chiites de la vallée de la Bekaa et du sud du Liban, suscitant un profond ressentiment envers la gouvernance extérieure.


Le refus de la communauté chiite de payer les impôts ou de servir dans l’armée ottomane, une résistance qui a persisté subtilement sous le mandat français, a renforcé sa perception d’elle-même comme un groupe opprimé mais résilient. Bien que largement non violente, cette résistance a cultivé une aversion culturelle pour le contrôle étranger, dont le Hezbollah a par la suite tiré parti.


En revanche, le Mont-Liban était régi par un système de mutasarrifat semi-autonome, qui permettait aux élites druzes et maronites de négocier la gouvernance avec les Ottomans, un avantage dont ne bénéficiaient pas les chiites du sud du Liban. Alors que les maronites et les druzes bénéficiaient d'une autonomie gouvernementale et de liens commerciaux étroits avec les puissances européennes, les chiites étaient relégués à des rôles périphériques, favorisant l'isolement et la méfiance à l'égard des autorités centrales et des puissances étrangères.


Cette identité libanaise fragmentée, avec une allégeance souvent dirigée vers les seigneurs féodaux locaux ou les chefs religieux, a persisté dans la période post-ottomane, aggravée par les efforts du Mandat français pour centraliser le contrôle à Beyrouth, marginalisant encore davantage le sud du Liban.


Lorsque les Français prirent le contrôle du Liban après la Première Guerre mondiale, ils y introduisirent des institutions modernes, mais souvent au détriment de l’autonomie locale, notamment dans les zones rurales . Alors que le développement des infrastructures prospérait à Beyrouth et dans d’autres centres urbains, le sud agraire chiite fut largement négligé, renforçant l’isolement économique et le mécontentement. Les Français façonnèrent également le système politique du Liban au détriment des chiites. Le système confessionnaliste qu’ils mirent en place assurait une représentation politique minimale aux chiites , éclipsés par les chrétiens maronites et les musulmans sunnites.


Cette marginalisation persista après l’indépendance, atteignant un point de rupture pendant la guerre civile libanaise (1975-1990) . L’exclusion des chiites du pouvoir économique et politique devint un facteur critique de l’ascension du Hezbollah, car elle unifia la communauté sous sa bannière. Le système politique, enraciné dans le colonialisme, alimenta le discours anticolonial du Hezbollah, lui permettant de se positionner comme le véritable héritier des luttes de libération du Liban.


Le thème de la souffrance et de l’injustice endurées tout en restant déterminé est devenu central dans le discours du Hezbollah, en adéquation avec l’expérience historique de l’oppression étrangère et les luttes contemporaines des chiites libanais. Lorsque le Hezbollah a revendiqué la responsabilité du retrait d’Israël du Liban en 2000, il a présenté cet événement comme une validation de l’héritage chiite de persévérance, démontrant que la victoire pouvait être obtenue par une résistance inébranlable.


Le Hezbollah a renforcé ce discours en invoquant le concept de muwajaha (confrontation), un terme de la tradition chiite étroitement lié au pouvoir symbolique de Kerbala. Dans le sud du Liban, muwajaha s’étend au-delà de la lutte militaire pour englober le devoir religieux et culturel de résister à l’oppression. Hassan Nasrallah a toujours présenté le conflit avec Israël non seulement comme une bataille politique mais aussi comme une obligation religieuse et morale, liant la quête d’autonomie du Liban à la tradition chiite de résistance à l’injustice. Cette approche a permis au Hezbollah de fusionner ses actions militaires avec une identité culturelle plus large, en résonance à la fois avec les dimensions historiques et religieuses.


L’évolution du Hezbollah, qui était une force de guérilla, vers un acteur quasi étatique, ne s’est pas limitée à une simple expansion militaire ou à une participation politique. Son infrastructure a non seulement comblé les lacunes laissées par l’État libanais, mais a également activement rivalisé avec le gouvernement et l’a affaibli pour affirmer sa domination. Au début des années 2000, le Hezbollah s’était intégré au système politique libanais, obtenant des postes ministériels clés et formant des alliances avec les principaux partis politiques, notamment le Mouvement patriotique libre chrétien dirigé par Michel Aoun.


Ces alliances ont marqué un changement significatif dans la dynamique sectaire du Liban, car c’était la première fois qu’un parti chiite obtenait le soutien d’une faction chrétienne majeure, ce qui a étendu la légitimité politique du Hezbollah au-delà de sa base chiite. Cette légitimité a permis au Hezbollah de renforcer son influence sur les institutions de l’État, notamment les Forces armées libanaises et le ministère des Télécommunications, en lui donnant accès à des infrastructures nationales essentielles.


Dans un effort pour unifier différentes factions sous une identité nationaliste plus large, le Hezbollah a fait appel de manière subtile mais significative à l'héritage phénicien du Liban. Traditionnellement adopté par les maronites, le Hezbollah a stratégiquement invoqué l'identité phénicienne pour séduire les chrétiens libanais et les nationalistes laïcs méfiants à l'égard de ses racines islamistes.


Le Hezbollah fait souvent référence à l’héritage maritime antique du Liban dans ses discours et ses événements culturels, se présentant comme l’héritier d’un héritage de résistance à la domination étrangère. Ce mélange d’identités phénicienne et islamique agit comme une forme de diplomatie culturelle, positionnant le Hezbollah comme le défenseur de tous les Libanais, au-delà des clivages sectaires. Le contrôle de sites archéologiques clés, comme les ruines de Tyr et les temples de Baalbek, intègre davantage ce récit dans sa stratégie politique, consolidant le rôle du Hezbollah en tant que gardien de l’héritage culturel du Liban.


La tâche d'Israël de combattre ce groupe sur leur propre territoire est dangereuse. Contrairement à de nombreux mouvements qui se présentent comme des mouvements de libération à des fins politiques, l’image du Hezbollah comme une force libératrice est liée à une longue mémoire culturelle d’oppression étrangère, de l’Empire ottoman au Mandat français.






 
 
 

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