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CETTE GUERRE D'ISRAEL/USA CONTRE L'IRAN RISQUE D'ÊTRE PLUS LONGUE

  • Photo du rédacteur: REHOBOTH EBENEZER
    REHOBOTH EBENEZER
  • 9 mars
  • 4 min de lecture

La théocratie de la République islamique d'Iran, instaurée après 1979, a fait preuve d'une résilience extraordinaire, survivant à des manifestations de masse, des crises économiques, des sanctions, des assassinats et même aux récentes attaques par décapitation qui ont éliminé le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, et les hauts commandants des Gardiens de la révolution au début de l'année 2026. Cette résilience découle d'une combinaison unique de conception institutionnelle délibérée et de réponses adaptatives aux crises, créant un système qui n'est ni purement hiérarchique ni facilement déraciné par une révolte interne ou une pression extérieure.


Au fond, le régime fonctionne comme un rhizome concept philosophique issu de l’ouvrage « Mille Plateaux » (1980) de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Contrairement aux structures arborescentes, dotées d’une racine ou d’un tronc central unique qui, une fois sectionné, provoque l’effondrement, un rhizome se développe horizontalement sous terre : décentralisé, ses nœuds se connectant librement dans toutes les directions. La destruction d’une partie n’entraîne pas la disparition de l’ensemble ; les sections sectionnées se régénèrent, tissent de nouveaux liens et continuent de s’étendre. Ses caractéristiques essentielles comprennent la multiplicité (absence d’unité fixe), l’hétérogénéité des connexions (mélange d’éléments divers), la rupture désignifiante (les ruptures mènent à la régénération, et non à la destruction) et une adaptabilité perpétuelle, se situant au centre. Le système iranien incarne ces qualités grâce à des mécanismes de protection intentionnels et à des forces émergentes.


Conception délibérée : Redondances intégrées et centres de pouvoir parallèles. L’ayatollah Rouhollah Khomeiny et ses alliés ont élaboré la Constitution de 1979 afin de consolider le pouvoir clérical tout en intégrant des éléments républicains comme exutoires contrôlés. La doctrine du velayat-e faqih (Tutelle du juriste islamique) confère à un Guide suprême non élu le rôle d’arbitre ultime, mais entoure cette « racine » symbolique d’institutions aux compétences imbriquées pour prévenir toute défaillance unique : des organes de contrôle clérical tels que le Conseil des gardiens (qui vérifie la conformité des lois et des candidats à l’islam) et l’Assemblée des experts (qui désigne le Guide suprême) font office de rempart contre toute prise de pouvoir réformiste ou laïque.


Structures militaires parallèles : Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), fondé en 1979 comme contrepoids révolutionnaire à l’armée régulière (Artesh), est devenu une force multiforme contrôlant les missiles, le renseignement, la sécurité intérieure et de vastes secteurs économiques. Sa milice Bassidj assure la répression au niveau local, rendant les soulèvements de grande ampleur risqués sans pour autant déclencher une guerre civile.


Réseaux de clientélisme économique : d’immenses fondations et des conglomérats liés aux Gardiens de la révolution contrôlent le pétrole, la construction et le commerce, distribuant les richesses aux fidèles et créant des intérêts particuliers liés à la survie du régime. Ces strates mêlent absolutisme théocratique et élections limitées, canalisant la dissidence vers une compétition interne plutôt que vers une révolution ouverte. Le pouvoir circule à travers des réseaux hétérogènes cléricaux, militaires, économiques, idéologiques au lieu d’être exercé de manière strictement verticale.


Résilience émergente : les crises comme catalyseurs. Si les éléments fondamentaux ont été conçus sur mesure, des chocs externes et des dynamiques internes ont paradoxalement renforcé le système : la guerre Iran-Irak (1980-1988) a mobilisé le soutien national autour du régime, présenté comme le défenseur de la souveraineté, consolidant ainsi le Corps des gardiens de la révolution islamique et justifiant la répression. Des décennies de sanctions ont alimenté le discours d’une « économie de résistance », imputant les difficultés à l’impérialisme et encourageant l’autonomie chez les conservateurs. Les conflits par procuration et les récents revers militaires présentent l’ingérence extérieure comme une menace existentielle, renforçant la cohésion nationaliste et qualifiant les troubles intérieurs de trahison orchestrée par l’étranger. Les mouvements réformistes (par exemple, sous Khatami ou Rouhani) ont été récupérés ou contenus, démystifiant le changement sans pour autant démanteler la théocratie. Même après les frappes de décapitation de 2026, le régime persiste en mode « sans tête » : des commandants intermédiaires des Gardiens de la révolution activent des protocoles décentralisés pour les opérations de représailles, des instances collectives prennent le relais pour la gouvernance et le clientélisme assure la loyauté. Le système régénère ses liens horizontalement, s'adaptant sans centre névralgique.


Pourquoi est-il si difficile de renverser le régime iranien ? Les révoltes internes peinent à se défaire de l’appareil coercitif unifié des Gardiens de la révolution, de l’absence d’une opposition unifiée et de la capacité du régime à absorber les chocs par la répression et la manipulation idéologique. Les ingérences extérieures se retournent souvent contre lui, ralliant ses partisans les plus fidèles et renforçant le sentiment d’appartenance à un « axe de résistance ». Contrairement aux dictatures personnalistes fragiles, l’architecture rhizomatique de l’Iran délibérément redondante et endurcie par les crises privilégie la pérennité à la réforme. Cette structure a survécu à la durée de vie typique des régimes autoritaires, mais la désillusion croissante des générations, l’effondrement économique et les fractures potentielles au sein de l’élite pourraient encore engendrer des ruptures irréversibles. D’ici là, la République islamique perdure comme un vaste réseau adaptatif : endommagé mais en constante régénération, reliant ses différents nœuds pour maintenir le contrôle dans un contexte de crise perpétuelle. À l’ère des frappes ciblées et des soulèvements populaires, ce rhizome nous rappelle que certains systèmes ne sont pas vaincus par la suppression de leurs figures centrales ; ils continuent simplement de se développer de toutes parts.



 
 
 

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